Résumé du C.A.R.A.P.A

CONGRES ACTUALITE DE LA RECHERCHE EN AUTISME ET PERSPECTIVES D’AVENIR

Participants:

Bernadette Rogé – Eric Fombonne – Thomas Bourgeron – Josef Schovanec – Christopher Gillberg – Nouchine Hadjikhani – Rutger Van der Gaag – Ghislain Magerotte – Jacqueline Nadel – Magali Batty – Jeanne Kruck – René Cassou – Catherine Barthélémy.

-> A tour de rôle des scientifiques – chercheurs ou des professeurs en psychologie, psychiatrie, pédopsychiatrie, neuropsychologie et un philosophe autiste se sont exprimés sur divers sujets touchant les Troubles du Spectre Autistique (T.S.A).

I Epidémiologie de l’autisme (état des lieux), par Eric Fombonne:

« Les études épidémiologiques de l’autisme se sont multipliées depuis 15 ans (60 études dans différents pays). La prévalence (nombre de personnes relevés dans une population à un moment précis) des T.S.A avoisine les 1 %. L’augmentation de ce pourcentage est dû à une meilleure conceptualisation du syndrome , des évaluations diagnostiques plus rigoureuses, un meilleur dépistage, une sensibilisation croissante du public et au diagnostic précoce. Il n’y a pas de méthode standardisée internationalement pour la prévalence. Les variations de méthodes créent des différences dans les résultats d’un pays à l’autre (l’accès au soin variant également). L’arrivée du DSM5 (Manuel de Diagnostique et de Statistique des troubles mentaux) en 2013, change aussi la prévalence puisque la classification n’est plus la même. Par exemple: certains enfants diagnostiqués avec un retard intellectuel font désormais partie de la classification de l’autisme. L’autisme n’est pas une épidémie. »

→ Ce qu’il faut retenir: L’augmentation du nombre de personne avec des T.S.A est dû à plusieurs choses dont le diagnostic précoce et la nouvelle classification des T.S.A dans le DSM5.

II De l’architecture génétique à la plasticité synaptique dans l’autisme, par Thomas Bourgeron:

« Nous avons environ 22 000 gènes, il faut arrêter de dire qu’il n’y a pas de gênes associés à l’autisme. Parmi les gènes responsables, plusieurs codent des protéines ayant différentes fonctions.  Nos études précédentes ont démontré le contraire. L’autisme est lié dans certains cas à la formation/fonction des contacts entre les neurones (appelés synapses). Des études très concrètes ont été mené sur des modèles cellulaires et animaux, ainsi que sur un important nombre de patient, par exemple : elles montrent pour certaines un déficit synaptique sur des neurones. Aujourd’hui pour continuer les recherches il manque de patients car nous regardons tout le réseau ADN et non pas une seule mutation. »

Quelques gènes trouvés

→ Ce qu’il faut retenir: Des chercheurs ont trouvé des gênes responsables de certains T.S.A, mais il y a 22 000 gènes et beaucoup de facteurs à prendre en compte, les études continuent.

III Le temps de l’errance: quand vos enfants ne sont plus vos enfants, par Josef Schovanec:

« Les personnes autistes adultes sont elles invisibles? » Josef explique par des anecdotes qu’une personne autiste adulte à tout autant besoin de protection sociale et pourtant il n’existe pas grand chose pour les adultes et les seniors. Alors à moins d’aller vivre dans un pays moins peuplé et donc avec moins de stimulations sonores ou visuelles (il cite le Groenland), il faut intégrer ces personnes au coeur des villes et non pas les isoler en campagne. La socialisation est une part importante de leur vie même si ils la vivent différemment. « Dans certains pays, des bureaux de poste inutilisés servent de lieu de vie pour plusieurs personnes avec des pathologies ou vieillissante. Pourquoi? Parce qu’ils sont au coeur des villages. » Il liste ensuite les besoins des enfants/des adultes et des seniors: ce qui est différent c’est l’école/le travail ou la retraite, mais la famille et les amis sont toujours présent peu importe l’âge.

-> Ce qu’il faut retenir: Les besoins des adultes autistes sont les mêmes que ceux des adultes typiques. Malgré leur handicap social et les stimulations sensorielles, l’isolement et l’ignorance sont loin d’être des solutions.

IV Autism Plus – the essence of E.S.S.E.N.C.E (Early Symptomatic Syndromes Eliciting Neurodevelopmental Clinical Examinations), par Christopher Gillberg:

« Un trouble ne vient pas seul. Le problème est souvent que chaque professionnel parle des troubles séparément et ne regarde pas globalement, le diagnostic est donc tardif. Exemple: si un enfant a un trouble du développement du langage il est possible qu’il est un Trouble Déficit de l’Attention/Hyperactivité (T.D.A.H). Il semble plus approprié de parler des autismes car il y en a plusieurs et de vérifier si il n’y a pas de troubles neuro-développementaux, du mutisme sélectif, des troubles de l’attachement, des troubles de l’acquisition du langage, de la dyslexie… Il est possible qu’un enfant ait des signes très fort d’autisme avant 3 ans mais cela peut diminuer ou augmenter en grandissant, en revanche après la puberté ils varient beaucoup moins. Les filles sont sous-diagnostiquées car les signes sont moins visibles. »

→ Ce qu’il faut retenir: La personne doit être prise en charge dans son ensemble et ses troubles aussi, afin de ne pas perdre de temps dans la mise en place d’outils ou d’aménagements.

V Perception émotionnelle  dans l’autisme: études en oculométrie et en imagerie cérébrale, par Nouchine Hadjikani:

 » Des anomalies dans le comportement du regard sont un des signes cardinaux de l’autisme. A quoi sont- elles dues? » L’oculométrie regroupe plusieurs techniques qui permettent d’enregistrer les mouvements des yeux. « La mesure du courant magnétique (M.E.C) donne un meilleur signal que l’électroencéphalogramme (E.E.G) qui enregistre l’activité électrique. Un enfant décèle très tôt le visage et ce automatiquement, il n’y a pas de traitement cognitif. Ces études ont démontré que l’hypothèse selon laquelle les personnes avec autisme ne perçoivent pas les visages est fausse. Ils les perçoivent (la zone dans l’hémisphère associé à la reconnaissance des visages s’active) mais ils n’ont pas de préférence particulière pour ce stimuli, contrairement aux personnes typiques.  C’est pourquoi le problème serait plutôt sur le versant social. De ce fait, une hypothèse développementale sur la voie sous-cortical (zone sous la surface du cerveau: cortex) est mise en avant. Cette voie régulatrice ne fonctionnerait pas de la même manière entre les personnes typiques où il se développe d’autre voie de connexion et entre les personnes avec autisme où cette voie serait excitée et hyperconnectée. Cela influerait sur l’agmydale (alors hypersensible) et le décodage des émotions. Le cerveau social serait donc connecté différemment. Lors de l’étude, il est démontré que les mimiques (du visage) automatiques en réponse à une émotion vu sur un visage, ne fonctionne pas spontanément chez les personnes avec autisme; ils auraient une plus grande sensibilité à la peur notamment. »

→ Ce qu’il faut retenir: Les personnes avec autisme n’ont pas de problème à reconnaître les visages – La sensibilité aux émotions est différente.

VI « La flûte magique » Un réseau national de détection et prise-en-charge pour les troubles du développement, par Rutger Van der Gaag:

« Changer l’environnement = prothèse invisible pour personne avec des troubles invisibles. »

 

 

 

 

 

VII Transition vers l’âge adulte, par Ghislain Magerotte:

En Belgique,  » Les personnes adultes avec un T.S.A constituent le groupe le plus important. De plus, elles sont accueillies dans plusieurs types de services visant à soutenir ces personnes dans leur besoin de logement, de travail ou d’activités valorisées, de loisirs, de vie de famille, de statut social notamment. Par ailleurs, la transition vers les services pour l’âge adulte n’est pas aisée et interroge les pratiques actuelles. »

VIII L’imitation: un voyage développemental, par Jacqueline Nadel:

« C’est un voyage qu’entreprend celui qui imite, un voyage moteur et mental. Pour embarquer il ne faut qu’une chose: une valise. Le nouveau-né n’a pas une valise vide. La valise ici c’est son répertoire d’actions. Les actions que l’enfant est capable d’imiter font partie de son répertoire. L’imitation a plusieurs définitions et plusieurs utilisations. Lorsque l’imitation est instantanée elle a une fonction sociale (le tour de rôle, l’attention portée à l’autre, la synchronie), lorsqu’elle est différée, la fonction est autre. Les stéréotypies sans fonctionnalités peuvent devenir fonctionnelles avec un découpage de fonctions connues et par l’imitation de ce découpage. »

→ Ce qu’il faut retenir: « L’imitation n’est pas un phénomène unitaire, elle se transforme dans ses fonctions en se développant. »

IX Des troubles ophtamologiques aux fonctions oculo-motrices chez des enfants avec un trouble du spectre de l’autisme, par Magali Batty:

 » Nous avons fait une étude pour évaluer les troubles ophtalmologiques et les fonction oculo-motrices chez un groupe d’enfants avec T.S.A. Les résultats de nos études ont montré un fort pourcentage de troubles ophtalmologiques ( troubles réfractifs, strabismes, amblyopie) chez ces enfants, comparé aux enfants dit typique. Les enfants avec T.S.A fixent moins longtemps mais plusieurs fois un objet par exemple, ce qui fait qu’ils atteignent plus rapidement le point ciblé. »

→ Ce qu’il faut retenir: « Ces données confirment une atteinte des toutes premières étapes du fonctionnement visuel dans le trouble du spectre de l’Autisme. Cela peut affecter les explorations visuelles et les réponses cérébrales à des stimulis visuels. »

X Co-dépendance entre les anomalies sociales et perceptivo-motrice chez les enfants avec TSA, par Jeanne Kruck:

« Des anomalies au niveau des coordinations perceptivo-motrice peuvent être en lien avec un développement atypique des compétences sociales chez les T.S.A. Des tests ont été fait lors d’une tâche perceptive-motrice pour évaluer les compétences sociales. L’hypothèse a été vérifié : la coordination est moins stable chez les enfants avec T.S.A. »

→ Ce qu’il faut retenir: Le lien entre la coordination et les compétences sociales après différents tests est bien réel.

Formation

Sensibilisation à l’intervention éducative à domicile

-> Formation à destination des intervenants éducatifs à domicile appartenant au réseau Four Happy Hands*

LA PROCHAINE FORMATION AURA LIEU SUR LA MATINEE DU SAMEDI 16/09/2017

Au programme: – cadre juridique – attitude et éthique professionnelle – projet éducatif – outils éducatifs – ressources

Les objectifs: – présenter les principes de base (rappel pour celles et ceux qui y sont déjà confrontés) de l’intervention éducative à domicile

Informations par mail ou par téléphone:

fourhappyhandspro@gmail.com / 06-32-33-15-51

lien : dates de formation septembre 2017

*Pour faire partie du réseau: 3 entretiens + dossier à constituer auprès d’Emeline Onno ou Marie Duigou